La grève du désespoir

La grève de la faim massive a commencé le 17 avril 2012 pour marquer la Journée des Prisonniers Palestiniens. Près de 2 000 prisonniers palestiniens détenus en Israël sont actuellement en grève de la faim. Certains d’entre eux depuis plus d’un mois et leur état de santé est critique. Deux cas célèbres, il s’agit de Khader Adnan et de Hanan Al Shalabi. Les revendications des prisonniers ne sont autres que la fin de mise à l’isolement, davantage de droits de visite pour leurs proches et surtout la fin de la détention administrative. Pas moins de 330 Palestiniens sont en détention administrative sans qu’ils ne soient officiellement inculpés devant un tribunal. Cette catégorie compte 28 parlementaires et 3 anciens ministres, cela appartient aux autorités israéliennes de détenir un individu pour une durée illimitée sans aucune charge.

Récemment, le franco-palestinien Salah Hamouri a été relâché après 7 années de détention, ce citoyen d’honneur entreprend désormais une « tournée française » où il nous décrit les conditions de détention et de vie des prisonniers palestiniens.
Salah Hamouri a été jugé en 2008 par un tribunal militaire d’occupation, ce qui rappelons le est totalement illégal du point de vue du droit international, avec qui plus est, aucune preuve. Bien entendu il nie les faits, seulement, en choisissant de nier il écopait de 14ans de prison, tandis que si il s’avouait coupable, il en écopait de la moitié, soit 7 ans de prisons. Voilà le genre de chantage mené par l’armée israélienne, ou un autre plus célèbre, celui d’acheter la liberté d’un proche en donnant ses terres alors même que ce proche n’a rien fait et est détenu sans jugement.
En raison de sa binationalité franco-palestinienne, on pourrait penser que la France allait s’indigner, et bien non, il semblerait qu’en France on ne s’indigne pas contre la politique menée par Israël. L’ancien président Nicolas Sarkozy a même refusé de recevoir la mère de Salah Hamouri. Autrement dit, la France n’a rien fait, ou plutôt, elle a seulement réduit la peine de 20 jours. Salah n’aurait jamais dû faire ne serait-ce qu’une seule journée de prison, pourtant…

C’est à Clermont-Ferrand que Salah Hamouri nous a fait part de son témoignage, Clermont Ferrand où le général de Gaulle a été condamné à mort par contumace par le tribunal militaire de la 13e région militaire française siégeant à Clermont-Ferrand. Qui oserait aujourd’hui revendiquer la légalité de ce tribunal aujourd’hui ? Et pourtant, les tribunaux israeliens sont de la même catégorie, un tribunal militaire d’occupation, illégal au regard de l’ONU. Mais le réel problème est ce mur du silence doublé d’une couche d’indifférence construite par ce monde depuis maintenant 64 ans, un mur bien plus terrible que le mur qui sépare les terres palestiniennes. Depuis 1967, ce n’est pas moins de 750 000 palestiniens qui ont été emprisonnés, et actuellement 4610 palestiniens sont toujours en captivité aujourd’hui, parmi eux 185 enfants, des malades dont 18 cancéreux y figurent également.

« Je promet avec vous de continuer la lutte, les révolutionnaires comme vous ne mourront jamais. » par ces mots, notre concitoyen Salah Hamouri a insisté sur l’importance du moral pour les prisonniers, les lettres, mots, mobilisations et autres étant des cadeaux à leurs yeux. C’est en prison qu’ils ont appris à retirer le mot désespoir de leur vocabulaire, ils sont les créateurs de l’Histoire et se sont jurés de ne jamais reculer ne serait ce que d’un pas contre la machine de guerre raciste israélienne. Si seulement le cas de Salah Hamouri était un cas particulier, ou bien le plus grave, mais hélas non.

Les pratiques israéliennes envers les détenus palestiniens sont extrêmement difficiles, notamment pour les enfants, eux aussi jugés par des tribunaux militaires d’occupation. Ces enfants sont isolés, ont une interdiction de poursuivre leurs études ou même de lire un livre, il est également interdit aux associations de leur rendre visite. Les enfants restent en général 6 à 7 mois sans recevoir la moindre visite, même de leurs parents, et lors de ces visites les contacts physiques sont interdits. Le but est clair, Tsahal tente d’assassiner l’enfance palestinienne.

Ces prisonniers Palestiniens sont actuellement détenus dans des endroits très éloignés de leurs maisons et en dehors des Territoires Occupés. Ce point constitue une violation manifeste de la Quatrième Convention de Genève, relative à la Protection des Personnes Civiles en Temps de Guerre. L’Article 76 de la Convention dispose :

« Les personnes protégées inculpées seront détenues dans le pays occupé et si elles sont condamnées, elles devront y purger leur peine »
L’Article 49 dispose :
« Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif »

Les transferts de prisons afin d’éloigner sont très courants et les conditions très difficiles et les mêmes pour les adultes, femmes ou hommes mais surtout les enfants. Lorsqu’un enfant est transféré d’une prison à l’autre, c’est à 6h du matin qu’il se lève, pieds et mains menottés, il est ensuite fouillé 3 fois, puis déposé dans une cellule où il n’y a rien et impossibilité d’aller aux toilettes. Ensuite les forces spéciales l’embarquent, le fouillent 3 fois avec des chiens puis le transfèrent dans un bus, un bus à l’apparence luxueuse mais qui en réalité est entièrement composé de fer à l’intérieur, l’inconfort se rajoute au fait qu’en été tout est brûlant et en hiver tout est gelé. Il y a 10-12h de trajet avec aucun arrêt, il en va de soi pour dire que la condition des enfants est donc une priorité.

L’Article 32 de la quatrième Convention de Genève, relative à la Protection des Personnes Civiles en Temps de Guerre interdit expressément « le meurtre, la torture, les peines corporelles, les mutilations et…toutes autres brutalités, qu’elles soient le fait d’agents civils ou d’agents militaires » Depuis 1967, 202 prisonniers Palestiniens sont décédés des suites des tortures subies dans les prisons israéliennes.

L’isolement cellulaire reste la méthode préférée des autorités pénitentiaires israéliennes dans le but de punir les prisonniers Palestiniens. Plus de 1600 prisonniers se sont engagés, le 17 avril, dans une grève de la faim sous le slogan « Nous vivrons dans la dignité » Ils revendiquent la fin de la tourmente qui est devenue une partie intégrante du vocabulaire de l’existence Palestinienne.

Peu de temps après, Israël a rompu le contrat et a de nouveau eu recours à l’isolement cellulaire, en imposant cette fois-ci aux prisonniers des mesures encore plus strictes.
Les prisonniers sont enfermés dans des cellules minuscules de 1.8 m sur 2.7 m. Cet espace réduit ne permet pas aux prisonniers de bouger ni de ranger leurs effets personnels.

Les cellules d’isolement sont spécialement conçues pour resserrer l’étau sur les prisonniers en les soumettant à des pressions physiques et psychologiques. Les cellules sont constituées de murs en ciment, sans finitions, peints avec des couleurs ternes, et un faible éclairage. Dans un petit coin du mur, il y a souvent une petite ouverture qui permet à peine la pénétration de l’air à l’intérieur. De plus, les cellules sont très humides, ce qui favorise la transmission des maladies, notamment les problèmes respiratoires et les maladies de la peau.

Les autorités israéliennes utilisent une forme de punition exceptionnellement rigoureuse. Il s’agit du principe du « sunduq » (boîte), une cellule de 180 cm de long sur 150 cm de large. Inutile de préciser que cet espace suffit à peine à dormir ou à faire la prière et contient deux récipients, le premier pour boire de l’eau et le second pour uriner. Ceux qui ont eu la malchance de se retrouver là ne sont autorisés à aller aux toilettes qu’une fois par jour. Pour surmonter cet obstacle, les prisonniers essaient de manger le minimum afin de réduire le besoin d’aller aux toilettes.

Les prisonniers du « sunduq » n’ont pas le droit d’avoir des montres, des horloges, des radios, des journaux ou des télévisions. Ils n’ont pas le droit d’acheter ce dont ils ont besoin et ne sont même pas autorisés à avoir des oreillers.

En 2011, une grève de la faim avait atteint son 13ème jour, le directeur de prison prend 4 jeunes au hasard, les isoles et les emmènes dans un bloc avec les prisonniers israéliens où se suivent insultes et mauvais traitements. Au 20 ème jour, du fait de la médiation égyptienne, les prisonniers et les autorités israéliennes sont parvenus à un accord stipulant la suspension de l’isolement cellulaire.

Cette grève de la faim est le seul moyen de communication des prisonniers palestiniens, et pourtant ils savent ce que cela peuvent leur coûter. En 1980, au 20ème jour d’une grève de la faim, le directeur d’une prison ainsi que le médecin et autres responsables ont décidés de forcer les grévistes par un tube, le tube n’est pas allé dans l’estomac mais le poumon, le gréviste est mort noyé de lait.

« On a apprit qu’aucune occupation n’est restée indéfiniment, on l’a apprit avec les algériens, les vietnamiens et les français à travers leur histoire. »
Israël se sert de l’isolement cellulaire comme mesure punitive contre les leaders de la résistance les plus influents et ce, dans le but d’anéantir leur détermination et d’affaiblir leur endurance physique et morale.

Les prisonniers ont une interdiction de contacter les Droits de l’Homme, les lettres sont confisqués pour certains, les familles subissent des répressions, maisons cassés, lors des interrogations ils sont montrés par le trou de la serrure etc. Il est donc extrêmement important pour les prisonniers de savoir qu’il existe du soutien à l’étranger.

Il est important de mener une lutte à notre échelle, qui n’est pas des moindres, il est nécessaire de boycotter les produits israéliens soutenant la colonisation, notamment Sodastream, Veolia, Mehadrin, Ahava, Keter, KKL, Coca Cola, Sara Lee, Home Depot, McDonald’s, Nestlé, L’Oréal, Estée Lauder, Starbucks, IBM.
Plus d’informations sur ce boycott nécessaire sur http://www.bdsfrance.org/
La force du boycott a fait tomber l’appartheid en Afrique du Sud, ne sous estimons pas sa force.

Riadh Niati

Sources : France Palestine, New York Times.

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