L’accaparement des terres africaines

Conférence sur l'accaparement des terres en Septembre 2011.

Conférence sur l’accaparement des terres en Septembre 2011.

L’alimentation est devenu un des grands enjeux de ce siècle, surtout après la crise économique et des marchés agricoles. De nombreux pays, notamment ceux qui manquent de surface agricole (Inde et Chine) et ne disposant pas de terres arables (pays du Golfe) ont renforcés des projets pour assurer leur sécurité alimentaire et ont délocalisés leur agriculture en achetant ou louant des terres, la majorité en Afrique (42% des terres achetées depuis 2000 l’ont été en Afrique).

Carte sur la faim dans le monde.

Carte sur la faim dans le monde.

Une escroquerie au détriment de la population

Les pays qui ont le plus vendus de terres sont les pays les plus pauvres de la planète, ce sont par exemple le Congo, la Zambie, le Soudan, l’Ethiopie etc.. . Ces terres sont vendues et louées aux prix les plus bas dans le monde, l’ONG Land Matrix cite par exemple un contrat passé au Sud-Soudan, où un investisseur norvégien a obtenu un bail de 99 ans pour 179 000 hectares pour seulement 12 500 dollars (9 900 euros) par an. Soit un coût annuel de 0,07 dollar (0,05 euro) par hectare et par an. En Ethiopie, la location d’un hectare de terres agricoles coûte en moyenne 4,30 euros par an alors que 5 millions d’Ethiopiens ont eu besoin de l’aide alimentaire internationale pour survivre en 2011 et que des centaines de milliers de personnes sont mortes lors de la famine qui a frappé la Corne de l’Afrique lors des étés 2010 et 2011.
Une carte de terra eco présentant ce phénomène d’accaparement des terres: http://felix-raymond.com/terra_eco/

Tout le monde cherche à s’organiser face aux spéculateurs, sauf l’Afrique.

Pour exemple, la sécheresse en Russie a contraint le pays à geler ses exportations de blé l’été dernier, entraînant une hausse des cours de 70%. Le Brésil a décidé de restreindre les achats de terres par les étrangers. L’Inde vient de rejeter un projet minier britannique pour protéger les 8000 membres d’une tribu locale.

« Au cours du siècle dernier, les populations africaines ont subi une spoliation massive de leurs terres en lien avec la domination étrangère », explique Liz Alden Wily, spécialiste du droit foncier et auteur d’un rapport sur le sujet pour l’ONG Rights and Resources.
Ce n’est rien de moins que du néo-colonialisme, Les terres coutumières, gérées localement, sont une porte ouverte à l’arrivée d’investisseurs étrangers en mal d’espace pour développer un juteux business agricole.

« Ce que nous observons aujourd’hui n’est qu’une continuité historique inhérente au capitalisme. Je ne vois pas beaucoup d’espoir pour les communautés quant à la sécurisation de leurs terres : la valeur de celles-ci pour les investisseurs est en ce moment trop importante, et les gouvernements les invitent à accélérer cet accaparement des terres depuis dix ans ! L’agriculture n’est plus seulement le commerce de denrées, c’est devenu un réel business. Dans ce contexte, les étrangers se disent désolés de la façon dont cela impacte les populations pauvres, mais ils ne font rien, car c’est pour eux en quelque sorte un sacrifice nécessaire… », assure Liz Alden Wily. Pour la spécialiste, une autre menace plane : celle de voir se multiplier les guerres sur le continent africain. « L’accès aux terres a été la cause de 73% des conflits entre 1960 et 2005. Et les périodes postérieures à ces guerres n’ont pas été plus encourageantes : les pays n’ont pas vraiment réformé leurs lois concernant les terres. Qui plus est, quand ces lois existent, que valent-elles si l’éducation n’est pas là et que les populations n’y ont pas accès et ne connaissent pas leurs droits ? »

La Banque mondiale a tiré la sonnette d’alarme trop tard.

Les populations des pays où ces terres sont vendues ne sont en général pas consultés, en effet la moitié des projets concernent des terres déjà utilisées par les agriculteurs locaux. La Banque mondiale avait déjà tiré le signal d’alarme en 2010, les acquisitions de terre ne profitent pas à la lutte contre l’insécurité alimentaire comme le souligne son rapport intitulé «L’intérêt croissant pour les terres agricoles dans le monde peut-il apporter de bénéfices équitables à long terme ?» La Banque mondiale souligne également qu’un milliard d’individus ne mangent pas à leur faim sur terre.

Les étrangers ne sont évidemment pas les seuls en cause, les gouvernements sont responsables également du fait de leur incompétence à établir une législation et un développement agricole et ajoutons à cela le manque d’information de la population, la corruption s’y retrouve au final la grande gagnante.

«L’ampleur et souvent l’aspect spéculatif des transactions sur les terres observés ces derniers temps ont pris tout le monde par surprise», plaide la Banque mondiale. Et ajoute: «Du coup les acquisitions se font souvent au détriment des populations locales, en particulier celles qui sont les plus vulnérables, sans leur apporter les compensations appropriées.»

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